Championnat canadien amateur masculin

Toronto incarne la tradition : Canadien Amateur Masculin

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(The Toronto Golf Club)

Peu de clubs s’enorgueillissent de parquets qui craquent, de casiers en treillis métallique, de foyers flanqués de meubles à motifs fleuris ou d’étroits corridors ornés de photos en noir et blanc. Les membres du Toronto Golf Club, dont l’histoire remonte à 1876, aiment bien, eux, le décor suranné de leur majestueux pavillon, demeuré presque intact depuis plus de cent ans.


Les vieux bancs de bois du vestiaire, gravés de milliers de traces de crampons, seront sans doute marqués de nouvelles encoches, cet été, alors que le club sera l’hôte du Championnat canadien amateur masculin. Les jeunes golfeurs talentueux vivront à cette occasion un véritable voyage dans le temps, à une époque où le plaisir de jouer constituait l’essence même de notre vénérable sport.

« Les golfeurs qui viennent jouer ici en sont conscients, soutient John Gravett, chef de l’exploitation et directeur général du Toronto Golf Club. On sent l’atmosphère du club dès qu’on y entre, mais c’est difficile à décrire en mots. C’est une question de culture. Je crois que les jeunes golfeurs apprécieront la dimension historique du club. ».

Troisième plus ancien club de golf du Canada, le Toronto Golf Club fut en 1895 l’un des clubs fondateurs de l’Association Royale de Golf du Canada (aujourd’hui Golf Canada). Son terrain prestigieux et son passé glorieux en font l’un des clubs de golf les plus éminents du pays, site de choix pour ce championnat national qui s’est tenu ici une première fois en 1898.

« Ce sera la neuvième fois que le Toronto Golf Club accueillera le Championnat canadien amateur masculin, souligne Adam Helmer, directeur des règles, des compétitions et du statut d’amateur chez Golf Canada. C’est plus que tout autre club depuis que le tournoi existe. Chaque fois, la qualité exceptionnelle du lieu s’est imposée, ce qui a facilité notre décision d’y revenir cette année. »

Cette ambiance d’époque qui baigne le club de golf se remarque tout particulièrement sur le terrain. Il s’agit d’un parcours de style lande, très ondulé et frangé de fétuques échevelés, conçu par le légendaire architecte britannique Harry Colt. Celui-ci a aménagé ce 18 trous exquis en 1912, lorsque le club a déménagé de l’est à l’ouest de la Ville Reine. Colt s’est inspiré de sa vaste expérience au Royaume-Uni pour créer un aménagement exigeant créativité stratégique et précision des coups si l’on souhaite vaincre le terrain naturellement accidenté.

Toujours très bien coté, le parcours Colt de Toronto – il y a aussi un neuf trous signé Howard Watson ainsi qu’un fabuleux terrain d’exercice – avait évolué depuis sa création : en poussant, les arbres avaient masqué les points de vue; quelques fosses de sable grugeaient le terrain; les ondulations entourant les verts s’étaient aplanies. Le club a donc fait appel à Martin Hawtree, spécialiste des techniques d’aménagement de Colt. À compter de 2009, Hawtree a consacré deux ans à restaurer les caractéristiques si appréciées du terrain, faisant revivre l’esprit de son créateur. Ce qui a donné aux administrateurs du club l’envie d’exhiber leur joyau frais poli dans le cadre d’un championnat national.

« Nous avons voulu profiter de ces améliorations au parcours Colt, et de la riche histoire du club associée au golf amateur, pour présenter à nouveau ce tournoi », explique Gravett.

Fort de l’excellente réputation dont jouissent à la fois Toronto et son club de golf, l’événement devrait attirer un tableau d’amateurs de calibre mondial. Le championnat se tiendra du 7 au 10 août au Toronto Golf Club et à l’Islington Golf Club, non loin de là. Les quatre rondes de jeu seront disputées en parties par coups, et ce sera la première fois que cette formule servira à déterminer le champion du tournoi ici, les huit visites précédentes s’étant clôturées par une finale en partie par trous, notamment la dernière, en 1995, remportée par l’Américain Garrett Willis qui allait devenir champion sur le PGA TOUR.

Professionnel en titre de longue date au Toronto Golf Club, Doug Rankin s’attend à ce que le défi soit éprouvant, tant mentalement que physiquement, pour les participants. Cependant, le caractère relativement ouvert du parcours de 6 800 verges, avec ses zones de récupération autour des verts, donnera l’avantage aux bons manieurs de fers courts et de cocheurs.

« Ils doivent partir du bon pied, précise Rankin. Le neuf d’aller est une normale 34 qui se joue parfois comme une 36, à cause de la longueur et de la difficulté de certains trous de normale 4. C’est comme ça que je le sens, et certains de nos meilleurs membres savent que c’est la façon d’inscrire un bon score. »

Et d’ajouter le pro, « les gars devront bien maîtriser les fers pour leurs approches et le jeu court. »

Il n’y a que deux normales 5 sur le parcours Colt de Toronto, au neuf de retour, et ils font partie d’une série de trous payants, sur le dernier droit, qui peuvent provoquer des bousculades sur le tableau. Mais l’air d’aller risque de s’essouffler au Graveyard (Cimetière), comme on surnomme l’exigeant 17e trou.

« Le 17e est une normale 3 de 225 verges qui se joue parfois face au vent, explique Rankin. Le bâton qu’on choisit pour ce trou est généralement le même qu’on prend pour le départ du 18e, une courte normale 4 qui présente une finale amusante parce qu’on peut y réussir l’oiselet pour gagner ou obliger la prolongation. »

Parions que la fameuse salle des trophées du Toronto Golf Club regorge de prix gagnés ou perdus sur ces deux derniers trous. Peut-être même ceux de George S. Lyon, qui a remporté trois de ses huit titres record de champion amateur sur ce terrain.

À l’époque de Lyon, les golfeurs et les dignitaires arrivaient en train ou à cheval. Lorsque les millénariaux débarqueront en août, ils seront séduits par ce voyage dans le passé, tant sur le parcours qu’au pavillon.

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Cet article a été publié dans l’édition Familles au jeu du magazine Golf Canada. Pour lire l’article dans le format original, cliquez sur l’image.