Un premier panier de balles au champ de pratique. Un atelier entre amies. Une ronde où les éclats de rire comptent presque autant que les coups réussis. Pour de nombreuses femmes qui découvrent le golf aujourd’hui, l’expérience commence moins par la compétition que par le sentiment d’appartenir à une communauté.
Partout au Québec, clubs, associations et initiatives communautaires travaillent à rendre ce sport plus accessible aux femmes et aux filles. Des programmes comme Élan féminin – Le golf pour elles, mis sur pied par Golf Québec et la PGA du Québec, aux initiatives nationales comme Elle joue au golf de Golf Canada, l’objectif est le même : créer des environnements accueillants où les nouvelles golfeuses peuvent apprendre, gagner en confiance et développer un sentiment d’appartenance.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte favorable. Selon Golf Canada, 8,5 millions de Canadiens ont joué au golf en 2025, confirmant la croissance soutenue du sport à l’échelle nationale. Pourtant, malgré cet essor, les femmes ne représentent encore que le quart des golfeurs canadiens.
Si la participation féminine est en croissance, plusieurs obstacles demeurent. Le coût perçu du sport, la méconnaissance des règles et de l’étiquette, l’achat d’équipement ou encore l’impression d’entrer dans un milieu traditionnellement masculin peuvent rendre les premiers pas intimidants. « Je pense qu’il y a de plus en plus de femmes qui veulent justement débuter le golf. Mais des fois, c’est peut-être l’aspect de commencer quelque chose de nouveau qui est difficile, qui est intimidant », observe Dérick Couture, directeur général de la PGA du Québec, lors d’un entretien à l’émission Au19e. C’est précisément pour répondre à ces réalités que les organisations du milieu multiplient les occasions d’apprentissage et de découverte adaptées aux besoins des femmes.
Au cœur de ce mouvement se trouve une idée simple : souvent, le plus grand défi n’est pas de réussir son élan, mais bien de se sentir à sa place.
Une communauté née d’un besoin réel
C’est ce constat qui a poussé la Québécoise Michelle Wright, la femme derrière Fika Golf, à créer une communauté destinée principalement aux femmes de 25 à 45 ans. Aujourd’hui, le groupe rassemble des participantes aux profils variés : près de 30 % sont nouvelles au golf, tandis que d’autres pratiquent déjà ce sport à différents niveaux.
Ayant débuté au golf il y a cinq ans en jouant avec sa mère, elle remarque rapidement un décalage. Bien qu’elle croise plusieurs golfeuses sur les parcours, peu sont de sa génération. Les ligues et les activités féminines auxquelles elle participe sont souvent composées de femmes retraitées. Elle réalise alors que d’autres jeunes professionnelles vivent probablement le même dilemme.
Ce qui devait au départ être une simple page Instagram et un moyen de rencontrer quelques partenaires de jeu s’est rapidement transformé en véritable mouvement. Lancée en 2025, la communauté rassemble aujourd’hui plus de 2 200 abonnés sur Instagram ainsi qu’un groupe privé de près de 600 femmes qui échangent conseils, invitations et recommandations.
Au-delà des chiffres, le succès de Fika Golf repose sur une philosophie claire : rendre le golf moins intimidant.
« Je voulais que ce soit un endroit où une femme qui n’a jamais joué puisse se sentir la bienvenue », explique Wright. Ateliers de groupe, soirées au simulateur, rondes sociales et rencontres informelles permettent aux participantes d’apprendre sans pression et à leur rythme.
Cette approche répond à une réalité observée dans plusieurs initiatives destinées aux femmes : bien avant de rechercher la performance, beaucoup recherchent d’abord la confiance, le plaisir et les liens sociaux. Les habiletés suivent ensuite.
L’importance de l’accompagnement
Pour de nombreuses nouvelles golfeuses, le mentorat informel joue un rôle déterminant.
La fondatrice de Fika Golf attribue une grande partie de sa propre progression à sa mère, qui lui a transmis les codes du jeu et du parcours : l’étiquette, le rythme de jeu, les comportements attendus sur les verts ou encore les habitudes propres à la culture du golf.
Des détails qui semblent naturels pour les golfeurs expérimentés, mais qui peuvent être intimidants pour une personne qui débute.
Aujourd’hui, elle tente de reproduire cet accompagnement au sein de sa communauté. Lors des activités, les participantes plus expérimentées n’hésitent pas à guider les nouvelles venues et à répondre aux questions les plus simples.
Cette culture d’entraide contribue à créer un environnement où les débutantes se sentent à l’aise de faire des erreurs, de poser des questions et, surtout, de revenir.
Plus de portes d’entrée vers le golf
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large. Avec Elle joue au golf, Golf Canada travaille à offrir davantage d’occasions aux femmes et aux filles de découvrir le sport, qu’elles souhaitent participer à des activités récréatives, développer leurs compétences, jouer en compétition ou encore assumer des rôles de leadership dans l’industrie.
Au Québec, cette vision se reflète également dans des initiatives comme Élan féminin – Le golf pour elles, un programme développé conjointement par Golf Québec et la PGA du Québec. Déployée dans plusieurs régions de la province, l’initiative propose des ateliers et des activités réservés aux femmes afin de leur offrir un environnement d’apprentissage accueillant, rassembleur et adapté à leur réalité.
L’approche reconnaît qu’il n’existe pas un seul parcours vers le golf. Certaines personnes y voient une activité sociale. D’autres y trouvent une occasion de réseautage professionnel, un défi personnel ou un sport de compétition. « Toutes les raisons sont bonnes. Vous n’avez pas besoin d’avoir un swing parfait et vous n’êtes pas obligée de jouer 18 trous », souligne Anne Robergsen, professionnelle de la PGA du Québec et membre du conseil d’administration de l’association.
Ces efforts semblent porter fruit. Golf Canada observe que le profil des nouveaux participants est devenu plus jeune et davantage féminin au cours des dernières années, une tendance alimentée notamment par des programmes d’initiation conçus spécifiquement pour les femmes et les filles.
Une nouvelle définition de la place des femmes dans le golf
Pour les femmes qui découvrent le golf aujourd’hui, l’occasion ne se limite plus à participer à un tournoi corporatif ou à améliorer leur handicap.
Elle peut prendre la forme d’une première séance entre amies, d’une ronde après le travail, d’un événement de réseautage, d’une rencontre avec une mentore ou d’une communauté où l’on se sent accueillie dès la première visite.
Des initiatives comme Elle joue au golf, Élan féminin – Le golf pour elles et des groupes émergents comme Fika Golf contribuent à multiplier les portes d’entrée vers le sport et à redéfinir l’expérience golfique au féminin.
Plusieurs acteurs du milieu soulignent également l’effet multiplicateur de la participation féminine : lorsqu’une femme découvre le golf et y trouve sa place, elle est souvent plus encline à y initier ses amis, ses enfants ou d’autres membres de sa famille.
L’avenir du golf féminin au Québec ne se mesurera pas uniquement au nombre de rondes jouées ou de compétitions disputées. Il se trouvera aussi dans ces espaces où les femmes se sentent suffisamment à l’aise pour essayer le golf pour la première fois… et suffisamment bien accueillies pour avoir envie d’y revenir.


