Par une fraîche soirée d’été à Saint-Pacôme, alors que les derniers golfeurs ont quitté le parcours depuis longtemps, l’activité se poursuit encore autour du club.
Certains entretiennent les plates-bandes. D’autres donnent un coup de main lors de travaux ponctuels sur le terrain. D’autres encore siègent au conseil d’administration ou participent à l’organisation d’activités. Au souper annuel des bénévoles, plus d’une trentaine de personnes se réunissent pour célébrer leur implication.
À première vue, le Club de golf Saint-Pacôme ressemble à bien d’autres parcours québécois. On y trouve deux neuf trous, une boutique, un resto-bar et un calendrier rempli d’activités.
Mais ici, le golf raconte aussi une autre histoire.
Celle d’une communauté qui, depuis plus d’un demi-siècle, a choisi de bâtir son club ensemble.
Un rêve porté par tout un village
L’histoire moderne du Club de golf Saint-Pacôme débute en 1970. À l’époque, l’hôtelier et entrepreneur local Armand Pelletier, accompagné de quelques résidents de la région, nourrit une ambition qui peut sembler audacieuse pour une petite municipalité du Kamouraska : aménager un véritable terrain de golf.
L’idée prend rapidement forme. Des démarches sont entreprises pour acquérir les terrains nécessaires, et un plan du futur parcours est confié à André Gingras. Mais avant même d’envisager les verts et les allées, il faut d’abord rallier la communauté au projet.
Une campagne de financement est alors lancée, et 246 actionnaires locaux répondent à l’appel. Dès lors, le projet appartient à bien plus qu’un simple groupe de promoteurs : il devient celui de tout un village.
« Dès le départ, ce projet appartenait à la communauté. Quand 246 personnes décident d’investir dans un terrain de golf, ce n’est plus seulement un parcours qu’on construit, c’est quelque chose qui rassemble tout un village », résume Alain Chamberland, président du Club de golf Saint-Pacôme.
Des résidents de la région sont ensuite embauchés pour aménager le terrain, transformant peu à peu cette ambition collective en réalité. En 1971, le premier neuf trous accueille ses premiers golfeurs. Le Club de golf Saint-Pacôme est né.
Vingt ans plus tard, l’histoire se répète.
En 1993, le club entreprend l’acquisition de nouveaux terrains afin d’ajouter un deuxième neuf trous. Une nouvelle campagne de financement est organisée et, encore une fois, la communauté répond présente. Deux ans plus tard, en 1995, le deuxième neuf accueille officiellement ses premiers golfeurs.
Mais le développement du club ne s’arrête pas au parcours.
À la même époque, le chalet est devenu trop petit pour répondre aux besoins grandissants du club et de la population. D’importantes rénovations sont nécessaires. La municipalité de Saint-Pacôme, le Club Lions et le Club Optimiste unissent alors leurs forces pour créer une corporation communautaire qui mènera à la construction de la salle Albert-Royer.
Pour concrétiser le projet, les citoyens donnent généreusement de leur temps.
Au total, plus de 6 000 heures de bénévolat ont été consacrées à la réalisation de la salle Albert-Royer. Un chiffre qui en dit probablement autant sur la place du golf au sein de la communauté que n’importe quelle statistique sur les rondes jouées ou les membres inscrits.
Car à Saint-Pacôme, le club de golf n’est pas simplement établi au cœur de la communauté. Il a grandi avec elle.
Un employeur bien enraciné
Cette implication collective se poursuit aujourd’hui sous une autre forme : celle de l’emploi local.
Durant la haute saison, le Club de golf Saint-Pacôme emploie une trentaine de personnes, dont une quinzaine à temps plein, toutes issues de la région. L’équipe compte aussi des étudiants qui reviennent y travailler chaque année lorsqu’ils rentrent au Kamouraska, ainsi que plusieurs employés permanents qui cumulent plus de 30 ans de service.
« Plusieurs de nos employés sont avec nous depuis des décennies. Les étudiants reviennent eux aussi lorsqu’ils sont de retour dans la région. Ça dit beaucoup sur le sentiment d’appartenance que les gens ont envers le club », souligne M. Chamberland.
Cette présence dans la communauté se prolonge également au-delà de la saison de golf.
Grâce à sa proximité avec le noyau villageois, le Club de golf Saint-Pacôme demeure actif à longueur d’année. Pendant l’hiver, le restaurant continue d’accueillir sa clientèle plusieurs jours par semaine et le site se transforme en destination de plein air.
Plus de cinq kilomètres de pistes de ski de fond sillonnent alors la propriété. En collaboration avec La Petite EXPÉ, le club offre gratuitement l’accès aux jeunes de moins de 12 ans et accueille sans frais diverses activités destinées aux écoles primaires de la région.
Le golf demeure bien sûr au cœur du site. Au fil des ans, toutefois, le club est devenu bien plus qu’un terrain de golf : c’est un lieu de rassemblement, un employeur local et un espace d’activités dont les citoyens profitent toute l’année.
Un lieu de rassemblement
Si le club est un employeur important pour la région, il est aussi devenu l’un de ses lieux de rencontre.
Au fil des années, la salle Albert-Royer s’est imposée comme un espace de rassemblement pour les citoyens du Kamouraska. Mariages, réceptions familiales, rencontres communautaires ou événements spéciaux s’y succèdent bien au-delà de la saison de golf.
Le club prête également ses installations à plusieurs organismes qui y tiennent des activités de financement, perpétuant ainsi une tradition de collaboration qui remonte à ses origines.
« Ce qui nous rend le plus fiers, ce n’est pas seulement le terrain. Ce sont les gens qui continuent de s’y investir année après année, que ce soit en donnant de leur temps, en embellissant le site ou en participant à la vie du club », affirme M. Chamberland.
Cette fierté se reflète aujourd’hui dans l’intérêt grandissant que suscite le club au-delà de Saint-Pacôme. Comme ailleurs au Québec, le golf a connu un regain de popularité au cours des dernières années. Le nombre de membres du club a augmenté pendant la pandémie et s’est depuis maintenu, tandis qu’un nombre croissant de golfeurs de l’extérieur découvrent à leur tour le parcours.
Pour le club, cette popularité contribue à faire découvrir le Kamouraska à de nouveaux visiteurs. Pour les citoyens qui ont participé à son développement, elle confirme surtout qu’un projet né localement continue de rayonner bien au-delà de Saint-Pacôme.
Les retombées du golf sont souvent présentées à travers des chiffres : emplois, visiteurs, dépenses ou rondes jouées.
À Saint-Pacôme, elles prennent aussi la forme de visages connus.
Celui de l’employé qui revient chaque printemps.
Celui de l’étudiant qui y décroche son premier emploi.
Celui du bénévole qui donne quelques heures de son temps parce qu’il considère le club un peu comme le sien.
Celui du citoyen qui se souvient encore de la campagne de financement ayant permis de construire le premier neuf trous.
Plus de cinquante ans après son ouverture, le Club de golf Saint-Pacôme demeure un lieu où l’on vient jouer au golf.
Mais il est surtout devenu l’un de ces rares endroits où l’histoire d’une communauté continue de s’écrire.
Un projet né de l’initiative de quelques citoyens.
Soutenu par des centaines d’actionnaires.
Façonné par des milliers d’heures de bénévolat.
Et porté, de génération en génération, par celles et ceux qui ont choisi d’en faire bien plus qu’un terrain de golf.
Comme le résume Alain Chamberland : « Nous avons toujours voulu offrir un lieu dont les gens du Kamouraska peuvent être fiers. »
Plus d’un demi-siècle après son ouverture, cette fierté continue de faire vivre le Club de golf Saint-Pacôme.
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