Shauna Liu et Michelle Xing ont bien des choses en commun. On peut facilement comprendre qu’elles sont de féroces compétitrices, mais le plus important est qu’elles sont de grandes amies.
Liu (Maple, ON) et Xing (Richmond Hill, ON) ont toutes deux remporté un championnat national (Liu en a gagné deux) et toutes les deux ont pour club d’attache le Maple Downs Golf & Country Club de Maple, en Ontario. Elles ont concouru ensemble et continuent de représenter Équipe Canada, tant individuellement qu’en équipe, partout dans le monde, et elles iront à l’université ensemble, aussi.
Elles participeront toutes les deux au 112e Championnat canadien amateur féminin, présenté par BDO, la semaine prochaine au Toronto Golf Club de Mississauga, ON, où Xing défendra son titre de championne pour tenter de devenir la première gagnante de deux éditions consécutives du tournoi depuis que la membre du Temple de la renommée canadien Lisa Meldrum de Montréal, QC, l’a remporté trois fois d’affilée de 2001 à 2003. Le nom de Liu est, lui aussi, gravé dans les annales du golf canadien, car elle a remporté le Championnat canadien junior féminin deux années de suite et tentera de réaliser un triplé en août prochain.
C’est souvent amusant de revenir sur les débuts d’une amitié, de se souvenir de ce qui nous a précisément attirés chez l’autre et qui a fait jaillir l’étincelle. Une drôle de blague, un sourire amical, peut-être un appariement au sport ou à l’école, ou le fait de porter exactement les mêmes vêtements que quelqu’un qu’on ne connaît pas.
Dans ce cas-ci, c’était une doudoune bleue et rose, avec un sac de golf rose et les mêmes chaussures de golf. Pour Liu et Xing, ce fut l’étincelle qui alluma une amitié instantanée.
« Oh, ma jumelle! C’était ma jumelle… », raconte Liu en riant quand elle se rappelle sa première rencontre avec Xing.
Les deux s’habillaient à l’identique, utilisaient le même équipement de golf et travaillaient avec le même entraîneur. Au-delà de leurs vêtements et équipements identiques, Xing se souvient d’avoir été impressionnée par l’élan de sa nouvelle amie.
« Elle frappait ses balles à quelques pas de moi et son élan était si assuré, ça me faisait peur parce que je me demandais comment je pourrais rivaliser », ajoute-t-elle. Depuis ce jour, les deux filles sont inséparables.
Bien qu’elles soient de grandes amies hors parcours et des coéquipières sur le terrain lorsqu’elles représentent Équipe Canada – NextGen, à de nombreuses occasions, elles se retrouvent en compétition l’une contre l’autre. Mais Liu et Xing n’éprouvent aucune difficulté à concilier leur amitié et leur rivalité.
« Je crois que le fait qu’on est amies et coéquipières est toujours venu en premier, parce qu’on se connaît depuis si longtemps. Et puis, évidemment, c’est un sport individuel avant tout », précise Xing.
« J’essaie de gagner, bien sûr, mais je ne pense pas à nous seulement comme des compétitrices, ajoute-t-elle. Quand on veut gagner, on n’essaie pas juste de battre une personne, on veut battre tout le monde. Alors, pour moi en tout cas, on est avant tout des amies et des coéquipières. »
Liu est d’accord avec Xing : « Je pense que, et pas seulement avec Michelle, mais avec tout le monde quand je joue en tournoi, j’ai l’impression que j’essaie d’être une meilleure personne plus que d’être une bonne golfeuse et avec Michelle, on est amies depuis si longtemps que, quand il nous arrive de jouer ensemble, ce ne sera pas très différent d’une ronde de compétition avec quelqu’un d’autre, mais c’est vrai qu’on a ce degré d’amitié même si on joue l’une contre l’autre. »
Quand elles ne participent pas à des tournois, les deux amies aiment bien faire ce que font toutes les jeunes femmes de leur âge (toutes deux ont actuellement 17 ans et Xing en aura 18 la semaine prochaine) : explorer la ville – dans leur cas, c’est Toronto, trouver un bon restaurant, acheter des trucs « dont on n’a vraiment pas besoin » et rester constamment en contact.
« On est toujours là l’une pour l’autre, tous les jours, dit Liu. Même si on n’a besoin de rien, vraiment, de la part de l’autre, on s’envoie des messages et on se parle de tout et de rien. »
À leur âge, l’un des premiers tests d’amitié consiste à fréquenter des universités différentes. La distance peut s’avérer un facteur important, de même que les horaires d’études plus exigeants. De nouvelles amitiés se tissent et de nouvelles occasions se présentent, mais pour Liu et Xing, la question ne se posera même pas : elles se sont toutes deux inscrites à l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles), où Xing ira plus tard cet été et Liu la rejoindra à l’été 2027.
« Je suis tellement excitée, s’exclame Xing en riant. J’ai bien hâte de l’agacer avec mon départ. »
« J’ai l’impression que Michelle a pavé la voie pour moi, d’une certaine façon », réplique Liu avant que Xing ne l’interrompe en riant : « Dis pas ça! » Et les deux golfeuses de s’esclaffer ensemble.
Liu poursuit : « Elle est entrée dans l’équipe un an avant moi et elle va à l’UCLA un an avant que j’y aille, alors, évidemment, on va avoir un parcours différent, mais je trouve ça bien d’avoir quelqu’un qui explore un nouvel endroit pour me donner une certaine impression de familiarité avec le lieu. »
Et d’ajouter Liu avec un sourire : « Ça va être difficile pour elle, mais ça va être bon pour moi… »
« C’est correct, je vais te dire tout ce qu’il y a à savoir », répond Xing en riant.
Bien qu’elles soient toutes deux enthousiastes à l’idée de se retrouver dans la même équipe en Californie, chacune a fait son choix individuellement.
« J’ai décidé d’y aller pour la qualité de leur enseignement et aussi parce que j’aime leur façon de mener leur programme de golf. J’ai l’impression d’avoir bien connecté avec les entraîneurs, explique Liu qui prévoit étudier la psychologie à l’UCLA, une matière pour laquelle l’université est très bien cotée. Elle estime aussi que les contacts qu’elle a établis lors de sa visite là-bas y sont pour beaucoup.
« Je me sentais… je m’y voyais vraiment et j’ai connecté avec l’équipe, et ça, c’est quelque chose d’important chez moi, explique la jeune femme. Si on est pour aller à l’université, je crois que les liens que l’on a avec l’équipe sportive et avec l’école et son environnement dans l’ensemble, c’est ce qui nous façonne en tant que personne, d’une certaine manière, ce qui nous aide à grandir. »
Xing a vécu une expérience semblable au cours du processus de recrutement et elle se souvient d’avoir joué à un tournoi, le jour où le recrutement a commencé. Après avoir terminé sa ronde, elle a pris son téléphone, qui était en mode silencieux, pour y trouver plusieurs messages de l’université. Elle dit que c’était une expérience « folle, mais vraiment cool! »
« On apprend ce qu’on veut, au fil du processus, en parlant à différents entraîneurs, explique-t-elle. L’UCLA, en particulier, figurait parmi les meilleures écoles de ma liste dès le début. L’enseignement est vraiment important, alors je cherchais une bonne université sur le plan académique. »
Le fait de pouvoir continuer de faire partie de l’équipe, c’est également épatant pour Xing, et c’est quelque chose qu’elle et Liu ont pu faire grâce au programme d’Équipe Canada. L’année dernière, elles ont toutes deux représenté Équipe Canada 1 au Championnat mondial junior féminin de golf 2025 où elles ont remporté la médaille d’argent alors que c’était la dernière année d’admissibilité au tournoi pour Xing.
« Je sais que le golf est un sport individuel, dit-elle, mais ces tournois par équipes où je peux représenter mon pays, ç’a toujours été très important pour moi. Et j’ai toujours aimé les tournois par équipes. »
Comme pour Liu, sa visite à l’UCLA a vraiment aidé Xing à prendre sa décision.
« J’ai bien aimé les entraîneurs, et je connaissais aussi quelques-unes des filles de l’équipe. Je crois que c’est important parce qu’on a déjà des connexions, ça rend les choses un peu plus faciles », dit Xing qui n’a pas encore choisi son principal domaine d’études et ne se précipite pas pour prendre une décision; elle sait que ses centres d’intérêt se situent dans le domaine des sciences.
De bons entraîneurs et de bonnes coéquipières, un magnifique campus avec une solide réputation académique, voilà autant d’attraits pour la golfeuse, mais le soleil de la Californie a aussi joué un rôle.
« Le climat est formidable. Je viens du nord de Toronto, il fait froid ici », dit Xing en riant. Liu renchérit : « Ça, c’est sûr, c’est mieux qu’ici. »
Bien que les deux athlètes prévoient vivre des tas de belles choses au cours des années qui viennent, leur attention reste pour l’instant tournée vers ce qui les attend cet été.
« Je suis en réalité une personne qui vit dans le présent, alors je n’ai pas vraiment tendance à tellement penser à l’avenir ni même au passé. Pour l’instant, je m’efforce juste de m’améliorer chaque jour et d’être la meilleure golfeuse possible aujourd’hui », déclare Liu, qui arrivera au Championnat canadien amateur féminin la semaine prochaine avec trois finales consécutives dans le top 25, son meilleur résultat étant une É15 l’an passé.
Xing fêtera son 18e anniversaire le jour de la ronde finale du tournoi de cette année à Mississauga. L’année dernière, elle a célébré son anniversaire en grande, ajoutant son nom à la liste prestigieuse des championnes qui l’ont précédée.
« Ça compte beaucoup pour moi. Je pense qu’il suffit de regarder les noms des golfeuses qui ont remporté ce tournoi par le passé pour se rendre compte à quel point c’est super d’en faire partie. C’était également un superbe cadeau d’anniversaire », ajoute-t-elle en souriant.
Lorsque tombera le dernier coup roulé et que les cartes de scores seront signées, s’il y en a une des deux qui émerge victorieuse à Mississauga, il ne fait aucun doute que l’autre sera là pour lancer les célébrations, tout comme l’été dernier à Rothesay, au Nouveau-Brunswick, lorsque Xing a capturé la Coupe d’or de la duchesse de Connaught et que Liu était là pour l’enlacer.
Même si Liu et Xing sont concurrentes, elles sont avant tout coéquipières et meilleures amies qui s’entraident à travers les hauts et les bas d’une saison de golf, en se poussant et s’encourageant mutuellement jour après jour.
Peu importe que ce soit en représentant Équipe Canada, en jouant pour l’UCLA ou en compétitionnant individuellement, elles vont continuer à le faire comme elles l’ont toujours fait : ensemble. Comme quoi les concurrents les plus féroces peuvent forger les amitiés les plus solides.


